
Le parcours militaire d'Adrien, soldat de la Seconde Guerre Mondiale

Ce projet réalisé en 2025 est né de la redécouverte des documents militaires et d'une collection d'environ 90 photos anciennes de mon grand-père Adrien Crays, prises principalement pendant son service militaire comme télégraphiste dans la région de Modane (vallée de la Maurienne).
Les documents retrouvés ont permis de reconstituer son parcours depuis son domicile à Caussade (ferme de Marot) jusqu'à Modane (Savoie) en passant par Montpellier ou Marseille, dans les années 1935-1936, mais aussi sa participation aux combats de la Seconde Guerre Mondiale dans la bataille de Gembloux pendant la campagne de Belgique en mai 1940, pour laquelle les photos manquent, pour des raisons que l'on comprend aisément. Un cliché, pris pendant une halte dans un hameau "de la Garancière" (que l'on estime être celui localisé dans l'Orne), témoigne cependant de ce second parcours.
Voici l'histoire de ce parcours, racontée le plus fidèlement possible en fonction des sources disponibles. La cartographie proposée permet de localiser avec une relative précision la plupart des clichés conservés.
Pour suivre ce parcours, cliquez sur chacun des onglets ci-dessous et utilisez la carte pour consulter les clichés.
Né en 1914, Adrien fait partie de la classe 1934, matricule 60TG[1].
Il est appelé aux Armées le 1er mars 1935 en tant que soldat de 2ème classe. Le livret militaire signale qu’il a les yeux marrons, des cheveux bruns et mesure 1 mètre 65. La fiche matriculaire précise qu’il a le front large, le nez busqué et le visage ovale.
Il commence son service militaire à compter du 15 avril. Il est affecté au 28ème Régiment du Génie le 23 avril, date de son arrivée effective et de son incorporation, probablement à Montpellier où est stationné le 28ème RG[2].
Plusieurs clichés le montrent d’ailleurs dans le quartier La Citadelle à Montpellier. Il y est affecté à la 2ème Compagnie. Il y reste sans doute pendant toute la durée de ses classes (3 à 4 mois à l'époque) ainsi qu'en atteste une photo du 28 juin 1935 prise dans une "piaule" "un soir de bombe" !
Pour aller plus loin :
Le texte suivant est un article paru dans le magazine "Transmissions Magazine", en mars 2008, et a été rédigé par le Commandant Steinhofer.
Ce document étant indisponible sur le web mais cité dans l'article de Wikipédia sur la compagnie T80, je me permets de le retranscrire ici.
Histoire et Traditions – Associations - Une CCT pendant la débâcle de 40 Le commandant Steinhofer a effectué il y a quelques années des recherches sur l’histoire des transmissions françaises pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il a notamment rédigé le chapitre sur la Seconde Guerre Mondiale dans l’ouvrage collectif sur l’histoire du 41e Régiment de transmissions publié en 2001 (« Au cœur de Senlis, le 41e Régiment de transmissions »). Il revient ici sur l’histoire des transmissions de la 1re DM en 1940. Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne ; le même jour, la mobilisation générale est décrétée, et la France fait également appel à ses enfants servant hors de métropole. Cet article se propose d’évoquer les transmissions de la 1re Division marocaine (1re DM) en 1939 et 1940. En 1939, au Maroc, le 41e bataillon du génie se compose de quatre compagnies : la 1re compagnie est stationnée à Casablanca, la 2e à Meknès, la 3e à Marrakech, et la 4e à Fès. En septembre 1939, le bataillon incorpore 937 réservistes à Casablanca. Les opérations de mobilisation sont effectuées à la 1re compagnie. Huit nouvelles compagnies sont mises sur pied. Pendant la « drôle de guerre », les quatre compagnies initiales sont partiellement privées de leurs cadres d’active ; elles restent au Maroc pour assurer le service territorial des transmissions. Les huit nouvelles compagnies sont endivisionnées et déployées sur d’autres théâtres. Les compagnies T80 et R80 vont assurer les communications de la 1re DM. La compagnie T80 est formée le 2 septembre ; elle comprend alors 73 personnes. L’effectif monte à 150 le 6 septembre, avec l’affectation d’une section de monteurs indigènes. En septembre et octobre, l’événement majeur de la compagnie semble être la perception de mulets, ensuite reversés à la compagnie T89 (compagnie de transmissions de la 3e division marocaine). Le 25 octobre, la compagnie quitte à 5 h 00 en train Casablanca et arrive deux jours plus tard à Oran, en Algérie ; le moral de la compagnie semble excellent, malgré un jeûne forcé, les repas commandés n’ayant pas tous été servis. Après une traversée de la Méditerranée en bateau, la compagnie T80 débarque le 6 novembre à Marseille. Elle rejoint la commune de Labège, en Haute-Garonne, le 8 novembre. Début septembre, des réservistes du 28e régiment du génie sont rassemblés près de Toulouse pour former les éléments métropolitains de la compagnie T80, et s’instruisent en attendant l’arrivée des éléments du Maroc. Les éléments du 28e et du 41e fusionnent le 14 novembre. La compagnie comprend à cette date 228 personnes. De novembre 1939 à mai 1940, la compagnie s’implante successivement sur quatre zones. D’abord un mois dans la Meuse, à Riauville près de Fresnes-en-Woëvre, puis deux mois devant la ligne Maginot ; le cantonnement de la compagnie est à Basse-Ham, et les télégraphistes occupent différents postes dans la région : Sierck, caserne Hoche à Thionville, … puis un mois à la Chaussée-sur-Marne, près de Châlons-en-Champagne, enfin, dans le Nord, près de Maubeuge, à Pont-sur-Sambre. Le quotidien des sapeurs télégraphistes de la division est rythmé par l’instruction, les relèves sur les postes et les permissions. Le commandant de l’unité de la compagnie R80 est d’ailleurs parti en permission le 9 mai (il rentre évidemment de permission le lendemain soir). Le 10 mai 1940, les troupes allemandes déclenchent l’offensive en Belgique. La 1re DM progresse alors en direction de Mons, et dans la nuit du 13 mai, s’implante sur la Dyle dans la région de Gembloux, certaines unités ayant parcouru 70 kilomètres à pied dans les dernières 24 heures. Le 16 mai, la division reçoit l’ordre de se replier sur la voie ferrée Tilly-Bruges. Les transmissions assurent les communications dans cette phase. Le 10 mai matin, les premières équipes de transmissions entrent en Belgique pour occuper certains centraux téléphoniques et assurer les liaisons sur les itinéraires pour la régulation routière. Le 11 mai, les compagnies T80 et R80 passent en Belgique. Elles déploient notamment les circuits téléphoniques pour la division, et entre la division et ses régiments ; ces circuits sont construits avec du câble de campagne et en utilisant les circuits PTT belges. Les difficultés commencent réellement le 15 matin pour la compagnie avec les premiers blessés ; les attaques aériennes allemandes et les tirs d’artillerie obstruent les routes en bombardant les convois, et coupent les communications téléphoniques en hachant les fils. Le 16 commence le repli de la division ; c’est aussi le dernier jour où la compagnie T80 est réunie, les circonstances de la retraite la séparant en plusieurs éléments. Le principal détachement (capitaine Brunon) alterne mouvements dans le flot de la retraite sur les routes mitraillées et bombardées, et zones d’attente dans les bois ; un courrier officiel du 7 juin 1940 localise la compagnie T80 près de Montargis et évalue ses effectifs à 100. C’est donc plus de la moitié du personnel qui s’est évaporée entre le 10 mai et le 7 juin. La compagnie est dissoute le 15 août. Une partie des personnels manquants était avec le sous-lieutenant Dervieux, et continuait d’essayer de maintenir les communications du reliquat de la division en Belgique et dans le nord de la France. Le 31 mai, les personnels du détachement Dervieux sont faits prisonniers dans les combats de Lille. Le sous-lieutenant Dervieux tirera le bilan suivant de mai-juin 1940 : « malgré l’impossibilité de ravitaillement en matériel dès le 16 mai 1940, les liaisons essentielles à l’échelon de la Division ont toujours été établies grâce à la conscience professionnelle, à la ténacité et à l’habileté du personnel. Le personnel fil a su tirer parti de tout le matériel de fortune (circuits PTT, câbles récupérés, fil lumière, appareillage civil, etc.), construisant et réparant inlassablement dans des conditions pénibles et souvent difficiles, de sorte que les défaillances de liaisons fil ont été relativement rares, les défaillances totales pouvant être considérées comme des cas de force majeure. Le personnel radio a su entretenir et exploiter son matériel de sorte que les liaisons radio ont toujours pu doubler les liaisons téléphoniques et suppléer à leur inexistence ou à leurs défaillances. » Encadré : L’auteur s’est notamment appuyé sur trois documents : • le journal des marches et opérations de la compagnie télégraphique 80 du 2 septembre 1939 au 15 août 1940 (carton SHAT 34N805) ; • le rapport du lieutenant Paul Dervieux au commandant de la subdivision militaire de la Charente-Maritime du 31 août 1945 (carton SHAT 34N805), dont la majeure partie est composée d’un journal de marche rédigé en captivité par le lieutenant Colomb et le sous-lieutenant Dervieux à Hoyerswerda (Oflag IV D). Ce journal est présenté par le lieutenant Dervieux comme ayant été rédigé le 15 septembre 1940. L’auteur signale que l’exemplaire de ce journal qu’il a pu consulter n’est pas l’original (qui n’est pas disponible au SHAT), mais sa transcription dans le rapport Dervieux de 1945 ; • le rapport non daté du lieutenant Thévenot (carton SHAT 34N805) sur les activités entre le 10 mai et le 1er juin 1940, probablement rédigé début juin 1940. Chef de bataillon STEINHOFER